Biographie

Jock Macdonald

Au cours de sa carrière, le sujet de l’œuvre de Jock Macdonald s’éloigne peu à peu des paysages extérieurs à la faveur de ce qu’on pourrait qualifier de paysage intérieur. En apparence et en intention, ses premières œuvres reflètent l’influence du Groupe des Sept, dont les membres sont ses contemporains. Graduellement, le langage visuel de la peinture de paysages lui permet de moins en moins de trouver sa voix en tant qu’artiste, et il se tourne vers l’abstraction afin d’exprimer une réalité supérieure. Comme l’explique Ian M. Thom, Macdonald est marqué par la spiritualité et la pensée surréaliste, et il croit que la tâche de l’artiste est de se libérer de la réalité tangible de l’expérience quotidienne afin d’atteindre « les plus hauts niveaux d’expression artistique » (p. 15, Thom, « Œuvres des débuts : L’émergence d’un artiste »). Sa carrière est un cheminement artistique caractérisé par une évolution et un épanouissement constants. En tant que membre fondateur de Painters Eleven, Macdonald exerce une influence majeure sur la peinture abstraite au Canada.
L’art est désormais parvenu au stade où il devient l’expression d’idéaux et d’aspirations spirituelles. L’artiste n’aspire plus à imiter l’apparence de la nature, mais plutôt à en exprimer l’esprit

Biographie de Jock Macdonald
Robert McLaughlin Gallery Exhibition Website

James Williamson Galloway Macdonald (ou Jock, comme on l’appellera communément) voit le jour à Thurso, en Écosse, en 1897, au sein d’une famille connue pour ses réalisations dans les domaines des arts et de la culture. Son père est architecte, son oncle est peintre, sa sœur jumelle est musicienne, un de ses frères est ingénieur et l’autre, architecte. Après trois ans de service dans les forces armées britanniques, Macdonald s’inscrit à l’Edinburgh College of Art, où il obtiendra en 1922 un diplôme en design artistique et un certificat d’enseignant des beaux-arts. Macdonald ne tarde pas à faire preuve d’une grande passion et d’un don pour l’enseignement, ce qui deviendra la vocation d’une vie et lui permettra de former une nouvelle génération d’artistes. L’année de l’obtention de son diplôme, il épouse Barbara Niece, elle-même étudiante à l’Edinburgh College of Art.

Macdonald immigre au Canada en 1926 après avoir décroché le poste de directeur du département de design à la très influente Vancouver School of Decorative and Applied Arts (aujourd’hui le Emily Carr University of Art and Design). C’est là qu’il fait la connaissance de Frederick Horsman Varley, un des membres du Groupe des Sept, qui avait été engagé pour diriger le département de peinture. Les deux collègues deviennent de bons amis. Sous la tutelle de Varley, Macdonald apprend beaucoup sur la technique de la peinture à l’huile.

En 1933, Macdonald et Varley quittent leurs postes à la Vancouver School of Decorative and Applied Arts en raison de coupures salariales liées à la Dépression; avec leur ami, l’artiste Harry Tauber, ils décident d’ouvrir leur propre école, la British Columbia College of Arts Limited, qui fait concurrence à leur ancien employeur. Malgré son existence très brève – elle demeure ouverte pendant deux ans avant qu’ils ne déclarent faillite –, l’école est un berceau d’innovation où l’on propose une approche visionnaire de l’éducation artistique. Son curriculum interdisciplinaire brouille les frontières traditionnelles entre les beaux-arts, le théâtre et la musique, et l’enseignement qu’on y donne est souvent l’occasion de discussions d’ordre métaphysique.

Suivant la fermeture de l’école, Macdonald et sa famille déménagent à Nootka, sur la côte ouest de l’île de Vancouver, où il effectue ses premières incursions dans le domaine de l’abstraction. Plus tard, Macdonald qualifiera ces expériences semi-abstraites de « modalités ». Dix-huit mois plus tard, les Macdonald retournent à Vancouver, où Jock occupera pendant trois ans divers postes d’enseignant. En 1939, lors d’un voyage à Los Angeles, il découvre les grandes œuvres modernistes de Picasso, Braque, Modigliani, Derain, Ernst, Gauguin, Miró et Kandinsky, une expérience qui sera profondément marquante.

En 1940, Lawren Harris, un des membres du Groupe des Sept, s’établit à Vancouver. Harris se lie d’amitié avec Macdonald et exerce une grande influence intellectuelle qui sera tangible dans la pratique de ce dernier. Les deux hommes partagent un intérêt pour la dimension spirituelle de l’art, et Harris fait découvrir à son collègue les principes de la théosophie et l’ouvrage de Wassily Kandinsky, Du spirituel dans l’art, qui traite de la couleur et de la nature de l’art. La même année, Macdonald présente une conférence sur le thème « L’art en relation à la nature », qui rassemble ses théories concernant l’art abstrait et la spiritualité telle qu’exprimée par la peinture. Peu après, grâce à Dre Grace Pailthorpe, Macdonald découvre la pratique surréaliste de la peinture dite « automatique » (qui consiste à peindre en puisant dans l’inconscient). Sous l’influence de Pailthorpe, il réalise ses premières œuvres automatiques; plus tard, il affirmera avoir trouvé chez elle une « conscience spirituelle […] et une qualité de conscience qui est précieuse à l’humanité » (p. 75, Jacques, « En quête de sa voie : Les années torontoises de Jock Macdonald »).

Plus tard, Macdonald enseignera pendant plusieurs étés à la Banff School of Fine Art et au Calgary Institute of Technology, avant d’accepter en 1947 un poste d’enseignant à l’Ontario College of Art de Toronto (aujourd’hui l’Université OCAD), où il travaillera pour le reste de ses jours. L’année 1953 est marquée par la création de Painters Eleven, un collectif d’artistes voué à la promotion de l’art abstrait au Canada. Un des élèves de Macdonald, William Ronald, invite son mentor à se joindre à leur première rencontre formelle; l’année suivante, Macdonald prendra part à l’exposition inaugurale de Painters Eleven à la Roberts Gallery à Toronto. Les investigations picturales de Macdonald lui valent les éloges du célèbre critique moderniste Clement Greenberg, qui proclame en 1958 que la production de Macdonald « atteint des sommets absolus » (p. 105, Jacques, « En quête de sa voie : Les années torontoises de Jock Macdonald »).

En 1960, l’année de son décès, Macdonald est élu membre à vie de la International Arts and Letters Society. On lui fait aussi l’honneur d’une rétrospective à la Art Gallery of Toronto (aujourd’hui le Musée des beaux-arts de l’Ontario). Il s’agit de la première fois qu’une rétrospective est accordée à un artiste vivant ne faisant pas partie du Groupe des Sept. Jock Macdonald donne sa dernière classe à l’Ontario College of Art le 2 décembre. Lors du premier jour du congé du temps des Fêtes, le 3 décembre 1960, il décède d’une crise cardiaque.